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FRANCIS JOURDAIN (1876-1958)

Francis Jourdain naît le 2 novembre 1876 dans un milieu parisien aisé. Son père, Frantz Jourdain (1847-1935), est journaliste, critique, organisateur des Salons d'Automne et architecte (il réalise entre autres la Samaritaine en 1905). L'entourage familial du jeune garçon se compose donc de nombreux artistes comme Rodin, Monet et Renoir ainsi que d'écrivains et d'intellectuels tels que Zola, les frères Goncourt ou encore Jules Vallès.

Dès l'adolescence, il se passionne pour la peinture et décide de devenir ouvrier d'art. Il étudie le dessin chez Joseph Chéret mais s'initie également à la gravure, à la verrerie et à la décoration ; il assiste notamment Albert Besnard dans son décor de l'amphithéâtre de la Sorbonne. Reçu premier au concours d'ouvrier d'art, il expose régulièrement son travail de peintre, de dessinateur et d'artiste décorateur dans des galeries et des salons. Lors de l'Exposition universelle de 1900, il reçoit une médaille d'or récompensant les vitraux qu'il a conçu pour le théâtre de Loïe Fuller édifié par Henri Sauvage

Toutefois, sa carrière professionnelle prend une nouvelle orientation vers 1913. Sans cesser complètement de peindre, il se consacre désormais à ce qu'on va appeler les "ensemble-mobiliers". Son goût pour la simplicité va à l'encontre de l'exubérance décorative qui règne à son époque et est affirmé par la découverte qu'il fait des écrits de l'architecte viennois Adolf Loos qui considère "l'ornement [comme] un crime".  Son refus d'assimiler l'art du meuble à un art décoratif et son idée d'adapter la forme du meuble à sa fonction dans l'espace font bientôt de Francis Jourdain le chef de file d'une école dite fonctionnaliste. Avec ses amis Léon Werth et Octave Mirbeau, il fonde les "Ateliers Modernes" et rédige un manifeste prônant la fabrication de meubles simples qui seraient les serviteurs de la vie quotidienne, et non plus un signe de richesse et de faux luxe. Il devient ainsi l'un des premiers décorateurs français produisant des meubles bon marché qui s'adressent spécifiquement à la classe ouvrière.

Bien que la critique juge sévèrement sa sobriété dans un premier temps, allant même jusqu'à le traiter de fabricant de cercueils, il rencontre plusieurs architectes qui poursuivent les mêmes idéaux, comme Georges Djo-Bourgeois et Robert Mallet-Stevens, avec lesquels il collabore notamment à l'aménagement de la Villa Noailles à Hyères. Le rapprochement qui s'effectue entre ces jeunes artistes aux théories avant-gardistes provoque bientôt des tensions au sein de la Société des artistes décorateurs avec les représentants des beaux-arts traditionnels. Celles-ci mènent à un schisme qui donne naissance à l'Union des artistes modernes (U.A.M.) en 1929. Toutefois, les espoirs de ses membres de produire pour le plus grand nombre s'évanouissent à la suite de la crise économique et Francis Jourdain ne peut dorénavant créer plus que pour une clientèle de luxe. 

Durant la Seconde Guerre mondiale, il cesse ses activités d'architecte-décorateur et doit fuir la Gestapo qui lui reproche ses accointances politiques avec le Parti communiste. A la Libération, il décide de se consacrer à l'écriture. Il publie des ouvrages, consigne ses mémoires et rédige des critiques. Il participe également activement à la défense des droits humanitaires et devient le premier président du Secours populaire français. Francis Jourdain décède à Paris le 31 décembre 1958 à l'âge de 82 ans en ayant largement contribué à l'émergence du style "moderne".