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EMILE LENOBLE (1875-1940)

Emile Lenoble, né à Paris le 24 novembre 1875, a fait ses études à l'Ecole Jean-Baptiste Say.
A 18 ans, il entre à l'Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs puis travaille, en qualité de dessinateur, chez le céramiste industriel Loebnitz. La famille Lenoble habitait Choisy-le-Roi où Ernest Chaplet, le rénovateur de la céramique contemporaine, avait installé ses ateliers.

Les rencontres se firent d'abord aux berges de la Seine, en pêchant, puis vers 1900 le vieux maître accueillait le jeune Lenoble : il lui apprit à tourner puis, peu à peu, l'initie aux secrets du métier : la vocation d'Emile Lenoble est dès lors fixée.

En 1905 il épouse la fille de Chaplet, partage son atelier et présente ses premières oeuvres, en 1906, à la Galerie Georges Petit à côté de celles de son beau-père. En 1907, Chaplet meurt. Lenoble s'installe définitivement dans son propre atelier. Les débuts furent difficiles jusqu'au jour où, Salomon Reinachlui fit commande d'un service de table pour sa villa de Beaulieu, construite par Pontremoli, où tout était de style grec.

De cette époque datent d'incessantes et passionnées recherches de matières auxquelles l'avait préparé l'enseignement et les expériences de son Maître. Membre fondateur des salons des Artistes décorateurs, d'Automne et des Tuileries où il expose régulièrement, Emile Lenoble, dont l'art et la personnalité jouent un rôle de tout premier plan dans l'histoire de la céramique française, participe à toutes les grandes expositions en France et à l'Etranger dont les musées tiennent à honneur ainsi que ceux de Paris, Petit Palais, Musées d'Art moderne et des Arts Décoratifs à acquérir ses oeuvres.

Lorsque la Bretagne, où il s'était réfugié pour les fuir, fut envahie par les Allemands, il ne put supporter l'épreuve et mourut à Crozon, le 14 août 1940. Emile Lenoble était chevalier de la Légion d'Honneur depuis 1925.
On ne peut évoquer l'art d'Emile Lenoble sans rappeler tout ce qu'il a dû au génial artisan qui fut son maître, Chaplet fut le premier à aimer la terre pour elle-même, à rechercher pour la parer les réactions savantes des oxydes métalliques mais aussi à lui rendre sa beauté « élémentaire », dépouillée de tous décors.

Chaplet fut hanté, comme le sera à son tour Emile Lenoble, par l'austère magnificence des céramiques chinoises et coréennes dont il sut retrouver les colorations puissantes et graves : sang de boeuf, foie de mulet, bruns roux, pourpre, lie de vin et merveilleux blancs purs.

Emile Lenoble s'il usa de quelques sobres décors, chevrons, grecques, entrelacs, feuillages stylisés, qu'il incisait dans la terre, aima surtout la rustique beauté de formes amples, généreuses, on aimerait dire à sa propre image, solides comme une force de la nature.  Les émaux aux colorations rares, objets de ses incessantes recherches, il ne les voulait point revêtements superficiels mais incorporés à la terre avec laquelle ils formaient, sous l'action d'une cuisson en four clos allant jusqu'à 1.300°, une matière nouvelle aux splendeurs parfois cachées jusque dans les secrètes anfractuosités du pot ou de l'amphore : bleus de mer ardents, tumultueux et bouillonnants comme l'écume, pains brûlés rugueux et sourds, noirs denses et durs comme une gemme.

Artiste toujours insatisfait, Emile Lenoble brisait sans merci toutes les Pièces qui ne répondaient point à sa passion, à son idéal : elles s'en allaient humblement enrichir « le cimetière aux pots)) où les précieux éclats de céramique, de porcelaine, les débris abandonnés disaient la lutte de l'homme et du feu et le drame angoissant de la création.