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MAISON ROBJ (1908 - 1931)

"...Robj. Les noms, aussi, ont une physionomie. Celui-ci a des sonorités brèves, rapides, modernes. Mais en outre il contient je ne sais quoi de mystérieux et de magique. Robj, un magicien... "  

La Renaissance de l'art français et des industries de luxe, Paul Sentenac, 1927

La Maison Robj est fondée en 1908 par l'entrepreneur Jean Born, qui la baptise d'un anagramme formé à partir des lettres de son propre patronyme. A ses débuts, la société propose des allumeurs électriques, des brûle-parfums et des bibelots divers, sans rencontrer de succès particulier. Suite à la mort accidentelle de son créateur en 1922, l'entreprise est reprise par l'un de ses actionnaires, Lucien Willemetz. Sous la direction de ce dernier, elle se tourne résolument vers la modernité et adopte le style qui fera sa renommée. 

Lucien Willemetz s'entoure rapidement d'une équipe de sculpteurs, de modeleurs et de techniciens du feu. Pour les recruter, il met notamment en place un concours annuel de "bibelots d'art en céramique" à partir de 1927.  Son jury se compose d'artistes reconnus (François Pompon, Maurice Dufrène, ou encore Paul Landowski) mais aussi de personnalités influentes, comme le critique René Chavance. Les récompenses et la réputation de Robj incitent bientôt de nombreux artistes à présenter des modèles à la firme. L'essentiel de l'activité est alors consacré à l'édition de bibelots utilitaires, tels que des encriers, des serre-livres, des lampes, et à la création de nouvelles typologies, comme des pots à tabac ou des bouteilles à liqueur. Ces objets stylisés, généralement anthropomorphes, sont colorés et bien souvent traités sur un mode humoristique qui leur confère un charme indéniable. Pour réaliser ses productions, Robj fait appel à diverses manufactures de porcelaine telles que Sèvres, Villeroy & Boch à Septfontaines (Luxembourg) ou encore à des maisons situées à Limoges. Livrées brutes, ces pièces sont ensuite mises en couleur dans l'atelier de décoration de l'entreprise, implanté à Boulogne-Billancourt. 
La maison s'inscrit également dans une démarche commerciale contemporaine ; elle propose des catalogues de nouveautés aux professionels, emploie des représentants et use largement des avantages permis par la publicité en publiant des réclames alléchantes dans les journaux : "Les bibelots signés Robj sont le complément de tout intérieur élégant, en vente dans toutes les maisons d'élégance". Par ailleurs, Lucien Willemetz a l'idée de faire appel à l'ensemblier René Herbst pour aménager et mettre en scène ses espaces d'exposition. Celui-ci n'hésite pas à employer de nouveaux matériaux, tels que le verre et le métal, et rénove en profondeur l'art de l'étalage, ancrant ainsi Robj dans la modernité. 

Les productions Robj connaissent un succès à la fois populaire et critique (médaille de bronze à l'Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925) pendant près d'une décennie. La maison ne résiste toutefois pas à la crise économique qui frappe l'Europe de plein fouet au début des années 1930 et disparaît en laissant derrière elle près de 600 modèles référencés.