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MAURICE MARINOT (1882-1960)

Troyes 1882 - Troyes 1960

A première vue, Maurice Marinot ne se distingue pas du commun des mortels. Certes, un dynamisme puissant se lit sur sa face volontaire, un peu mussolinienne et l'on s'aperçoit vite que le regard de ses yeux clairs fixe un monde caché à la moyenne des hommes. Si l'on sait par surcroît que ce peintre, curieux de formes et de couleurs, s'est soumis, un jour, sans abandonner ses pinceaux, mais avec une passion véhémente, à la rude pratique du verre, on admire en lui l'un de ces artistes exceptionnels qu'une sorte de prédestination voue chez nous à réveiller l'amour du beau métier.

Mais ce travail dont il s'est imposé le pénible apprentissage, dont il a longuement étudié la technique, il ne l'accomplit pas autrement qu'un bon ouvrier. Il emploie les mêmes outils : la canne d'acier avec laquelle il cueille au four la pâte incandescente et dans laquelle il souffle pour développer, creuser, arrondir la bulle irisée ; les formes en bois de dimensions multiples où il roule la pièce et en affermit le galbe ; les pinces qu'il utilise à ouvrir le col et à préciser son contour ; les lames de fer à l'aide desquelles il modèle la substance brûlante et molle. Ses procédés n'ont rien de mystérieux : gravure à l'acide, qui ronge la dure matière ; taille, qui découpe dans les parois des cavités profondes, des arêtes aiguës ; polissage à la roue, qui aplanit les surfaces, y fait surgir des reflets ; tout cela, Marinot s'y conforme minutieusement, consciencieusement. Pour découvrir soudain ce qui le distingue de ses pareils, il faut le voir à la besogne, dans la verrerie de Bar-sur-Seine, qui l'accueille chaque matin. Sans doute, ses gestes ne diffèrent pas de ceux d'un artisan ponctuel, mais il y a en eux bien autre chose. On les sent animés par une flamme intérieure, une flamme créatrice. Déjà quand, sur d'innombrables feuilles, il jette des idées, cherche des harmonies de lignes, la sûreté, la prestesse de la main qui dessine laissent deviner la fougue de son inspiration. Une espèce de magie, vraiment, qui violente la nature ou plutôt se substitue à elle. Les oeuvres de Marinot semblent produites par des phénomènes naturels. Elles font penser à des blocs de glace, craquelés, givrés ; à des pierres transparentes teintées par des réactions spontanées, usées par de lentes érosions. Parfois elles ont la fluidité de l'eau qui coule dont elles mêlent les flots et retiennent les vagues, ou bien, dans la profondeur de leurs flancs, elles dévoilent les mystères de l'eau qui dort, ses rayonnements glauques, ses scintillements argentés. Or, une volonté clairvoyante et réfléchie a fait surgir du verre ces éléments que l'on dirait géologiques, tandis qu'une sensibilité d'artiste en accordait les tons, en ordonnait les volumes, leur imposait un rythme.

Magie... Tout au moins création au sens exact du mot, création qui varie sans cesse et jamais ne se répète. On n'eût pas trouvé une pièce dans la récente exposition de la galerie Hébrard qui n'apportât une impression nouvelle. Chaque coupe, chaque flacon, chaque vase contient une trouvaille. Ils ont la diversité de l'infini qu'ils reflètent. Pourtant la forte empreinte de leur auteur les apparente tous. Chacun d'eux est l'expression complète de Marinot, mais d'un Marinot qui se transforme lui-même, au gré d'un souvenir fugitif, d'une inspiration passagère, d'un rêve prompt à s'évanouir.