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GILBERT POILLERAT (1902-1988)

Mer 1902 - 1988

Il faut quelquefois remonter aux sources mêmes des êtres pour définir l'orientation de leur art. Nul doute que Gilbert Poillerat, décorateur-ferronnier, né à la limite de la Beauce et de la Sologne, n'ait gardé des rapports avec l'aimable climat tourangeau. Son oeuvre nous découvre sa sensibilité, ses goûts, puisés sous un des plus beaux ciels de France. Sa voix tranquille nous fait entendre l'écho des plaines où court le ruban azuré de la Loire. Rien de heurté dans le travail ni dans l'homme. Bien au contraire, une harmonie entre l'artiste et l'oeuvre. Après l'école Boulle, d'où il sortit en 1921, et huit années passées chez Brandt tout jeune encore, ce qui veut dire dans la meilleure force de l'existence, le voici classé au premier rang des praticiens du fer. Pourtant, ce n'est qu'après s'être consacré à la ciselure et à la peinture qu'il se passionna pour cet art. Demandez-lui le style qu'il préfère dans l'ornement du fer, il vous répondra : "Le XVIIème siècle, car c'est l'époque qui animait les plus beaux ouvrages de ferronnerie. Un simple balcon, une rampe d'escalier portaient la marque de l'élégance et de l'esprit français".

C'est dans cet ordre que Gilbert Poillerat conçoit ses oeuvres, les arabesques de ses balustrades l'ont fait connaître au public. Elles sont, comme une écriture ailée, traversées de souvenirs et de douces visions de l'enfance. Ses hauts vantaux de bronze, décorés de motifs robustes et gracieux, tournent sans secousse. On passe des heures à regarder ses dessins précis, ses recherches de chaque jour, dont nous regrettons qu'une partie aussi infime ait été réalisée. C'est en examinant ses graphiques que l'on comprend le travail du créateur. L'escalier, la porte, le lampadaire, la table, Gilbert Poillerat les éclaire en décidant de leurs formes et de leurs volumes, car il ajoute à son art de décorateur les connaissances techniques de la forge. Il est en effet essentiel que les plans soient cotés au millimètre, donnant tous les détails de construction de chaque ouvrage. La perspective, l'épaisseur, qui dans chaque dessin graphique échappent à l'oeil du profane, sont indiqués par des chiffres auxquels doivent se conformer le chef d'atelier et, sous ses ordres, les ouvriers ferronniers. Ce travail du ferronnier proprement dit est sensiblement le même dans une grosse firme métallurgique, comme celle qui édite toutes les oeuvres de Gilbert Poillerat, et chez l'artisan ferronnier, bien que celui-ci ne possède pas le matériel indispensable à l'édition des grands ornements d'architecture.

Les barres, les profilés arrivent des laminoirs à l'usine, cette cité vibrante de martelage où les hommes, méthodiquement, rabattent, cintrent, percent, tournent, soudent à l'aide de puissantes machines actionnées par l'électricité. Là, les scieuses tranchent d'énormes barres de fer avec la même facilité que s'il s'agissait d'un vulgaire madrier. C'est dans ce domaine que, depuis 1918, explique Gilbert Poillerat, l'outillage des industries mécaniques a permis des réalisations audacieuses, surtout dans la ferronnerie de bâtiment, car un édifice construit avec des moyens perfectionnés monte en quelques mois et doit suivre la cadence accélérée du chantier. 

Il semble que ces ornements restent l'apanage d'hôtels particuliers, de studios d'artistes, de maisons de campagne qui cherchent dans le raffinement une parure, un style. Trouvera-t-on jamais un style neuf et durable qui réponde vraiment au goût français ? Lorsqu'on songe à tous les essais, à ces unions mal assorties entre le ciment et l'ornement de fer, on aime à se reporter à la valeur sans égale des demeures anciennes où le balcon, la terrasse, la rampe ajoutent les prunelles de l'intelligence au visage de la pierre. Cela revient à dire que bien souvent l'artiste est tributaire de l'architecte qui ordonne la décoration de l'édifice qu'il construit. Suivons seulement aujourd'hui le Maître ferronnier. Ses dessins nous prouvent jusqu'où peut aller sa conception toujours en éveil. Les médailles, dans lesquelles Gilbert Poillerat excelle, avec tout l'art délicat de la ciselure montrent une autre partie de la diversité de son talent, sans oublier la peinture et les dessins de paysages de Touraine qui, dans la précision du détail, du trait, nous font refermer le cycle à son point culminant : la Ferronnerie.

Dans un hangar où jaillissent les flammes de la forge, en quelques instants la barre de fer est devenue malléable. L'artisan qui la tient sur l'enclume modèle un feuillage, une biche, un pilastre. Il ne faut pas moins de cinq années pour acquérir la sûreté de main d'un bon ouvrier. Il faut savoir conserver sa souplesse au fer tourmenté par le marteau, éviter l'écrasement de la barre en dehors de la partie à travailler, ou bien, s'il est nécessaire, prendre cette barre à deux mains et la tasser violemment alors qu'elle est encore rougeoyante. Mais s'il se sert encore aujourd'hui des mêmes outils qu'un forgeron de l'Empire, l'artisan ne dédaigne pas l'aide du marteau-pilon électrique, qui remplace deux hommes tapant à tour de rôle, ni la soudure à l'arc ou à l'autogène.